Ce cauchemar qui avait commencé le 23 juin a pris fin ce 19 juillet.


(Vous pouvez retrouver le début du récit sur Chienmort)


Nous devions recevoir nos indemnités (60 000 FCFP soit 502,80 euros)  sous 10 jours à compter du 3 juillet, soit avant le 13.

 

N'ayant reçu aucune nouvelle, j'appelais Aircalin afin de savoir : « où sont nos caillasses ? ». Grand bien m'en pris puisque j'appris alors que la responsable, Mme D……s, était en vacances. La s.l.p. !

 

Ma tête tournait, le désarroi m'envahissait, à moins que ce ne fut la peur. Une peur panique. Ma bouche s'asséchait, mon palpitant palpitait, mais plus vite que d'habitude. Puis vint la sueur, le mal au crâne, les frissons, les tremblements (sans la stupeur, c'est bizarre hein Amélie (1) ?). J'avais l'impression que j'allais me désarticuler (comme quand un wallisien vous sert la main).

 

Je réalisai soudain que j'avais probablement développé une addiction à l'argent. Honni sois-je ! Je n'étais pas ce beau jeune homme désintéressé que je prétendais être depuis des années ! Moi qui étais parti soigner des malades du sida en Afrique, moi qui avais affronté le SRAS en Asie, moi qui avais combattu la grippe aviaire en Turquie, moi qui avais lutté contre la connerie en France. Tous ces combats n'étaient pas terminés…non…loin s'en fallait.

 

Mais j'étais rationnel. A la panique succédait l'analyse, et à l'analyse, le soulagement (2). Ces sensations…du déjà vu, déjà ressenties, comme un air de  gueule de bois. Mais je n'avais rien bu (voilà la stupeur Amélie (1), ça va mieux ?). Puis une réminiscence de mathématique vint se rappeler à mon bon souvenir, la relation de Chasles :

Si argent = bière (si A=B)

Et que bière = soûlerie (et que B=C)

Alors argent = soûlerie (alors A=C).

Ces maths qui m'avaient pourri la vie avaient enfin trouvé une application pratique. Je n'étais pas accroc à l'argent en lui-même. Les symptômes éprouvés n'étaient qu'une anticipation du manque de bière à venir, conséquence directe de l'absence de financement.

Je pouvais continuer à sauver des vies de manière totalement désintéressée.

 

La remplaçante de Mme D……s me tenait un discours incompréhensible : …pas là, le chèque est là, pas accès à la caisse, autorisation des supérieurs, rappelez plus tard…

Était-ce dû à mon délire ? Certainement. Je résolus d'appeler plus tard, ce que je fis de nouveau ce 19 juillet, date présumée du retour de Mme D……s. En attendant, je subsistais en arpentant Nouméa à la recherche de canettes de bière à finir, de poppers (3) à lécher, voire avec un peu de réussite d'une ou deux valises (4) de Baron d'Arignac…

 

Ce matin, un lapin a tué un chasseur, il aurait pu tuer Chantal quand même (5), et moi j'ai enfin récupéré mes caillasses. J'appelle, on me dit que Mme D……s va peut être revenir, ou peut-être pas. Je rappelle 30 minutes plus tard pour savoir si elle est arrivée. Répondeur. Une seconde fois, répondeur.

Je me rends au bureau de la compagnie, je tue deux ou trois hôtesses d'accueil, on me donne « the chèque ». Enfin.

La violence ne résout rien…quand on ne tape pas assez fort (6).

 

(1) Amélie N. a préféré rester anonyme.

(2) Définition romaricienne du mot soulagement : comme quand tu es en centre ville et que tu choppes la chiasse d'un coup et que tu trouves des chiottes propres. Ca c'est le soulagement. Y'a une autre version avec l'alcool, mais bon.

Définition caldoche du soulagement : tu reviens bredouille d'un coup d'chasse. La honte. Pis tu trouves un cerf mort devant ta woiture. Ca c'est le soulagemônt.

Définition kanak du soulagement : t'es en brousse, t'as plein de cana, t'as des feuilles, mais t'as pas de briquet. Pis t'en trouve un par terre. Ca c'est le soulagement.

(3) Ne pas confondre avec le gaz à inhaler.

(4) Rien à voir avec le problème des bagages égarés.

(5) Ca n'a rien d'étonnant en Nouvelle-Calédonie, aux dires des locaux, la faune locale peut être de très belle taille. D'ailleurs, on nomme ces locaux des « gelins » traduire par bouffons, ou encore fabulateurs.

De plus, Chantal G. a préféré rester anonyme.

(6) Historiquement on ne sait pas vraiment qui a pu énoncer cette loi générale et naturelle. Certaines personnes malveillantes y verraient la touche de Pierre C. père de Sabrina C. On s'interroge toujours sur leurs identités.



Article ajouté le 2007-07-19 , consulté 106 fois

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